Churchill Falls et Gull Island: Ce que cet accord historique signifie pour l’avenir énergétique du Canada

Un nouvel accord entre Terre-Neuve-et-Labrador, le Québec et le gouvernement du Canada établit les conditions de grands projets d’énergie propre, de transport d’électricité et de développement économique. Voici ce qu’il prévoit et ce qu’il reste à faire. 

Le 17 août 2026, Newfoundland and Labrador Hydro (NLH), Hydro-Québec (HQ) et Churchill Falls (Labrador) Corporation Limited ont annoncé l’Accord définitif de coopération et de mise en œuvre (ADCME), qui établit une nouvelle voie à suivre pour Churchill Falls, Gull Island et les infrastructures de transport qui les relient. Le gouvernement fédéral a annoncé son appui aux projets le même jour. 

Selon le premier ministre Carney, les projets annoncés représentent le plus important investissement dans l’énergie propre de l’histoire nord-américaine, à près de 70 milliards de dollars. Le gouvernement fédéral s’est engagé à verser 10 milliards de dollars sous forme de financement et de soutien à l’investissement, y compris une garantie de prêt pour Gull Island. 

Pour le secteur hydroélectrique canadien, il s’agit d’un moment historique. L’accord place l’hydroélectricité au cœur du plan du pays pour répondre à la demande croissante d’électricité, renforcer le réseau et construire la prochaine génération d’infrastructures d’énergie propre. 

C’est aussi, et surtout, un point de départ plutôt qu’une ligne d’arrivée. L’ADCME est un accord-cadre. Les parties se sont fixé comme objectif de négocier et de conclure, d’ici le 31 décembre 2026, les accords définitifs détaillés qui donneront effet juridique à l’arrangement. 

Pourquoi c’est important 

La demande d’électricité du Canada augmente. La croissance démographique, l’électrification, le développement industriel et les nouveaux investissements stimulent la demande dans tout le pays, tandis que le Canada cherche à accroître sa production d’énergie propre, à renforcer la sécurité énergétique et à soutenir les nouvelles possibilités économiques. 

Pour relever ce défi, le Canada devra construire : de nouvelles capacités de production, de nouvelles lignes de transport, des actifs modernisés et des moyens de raccorder une électricité propre abondante aux collectivités, aux entreprises et aux industries qui en ont besoin. 

L’accord sur Churchill Falls et Gull Island réunit tous ces éléments au même endroit. Il favorise un important développement hydroélectrique tout en ouvrant des possibilités liées au transport d’électricité, au développement industriel et à d’autres projets d’énergie propre au Labrador. 

Ce que couvre l’accord 

Gull Island 

L’accord fait avancer un projet de nouvelle centrale hydroélectrique à Gull Island, sur la rivière Churchill, à environ 100 km au sud-ouest de Happy Valley-Goose Bay. La puissance prévue de Gull Island pourrait atteindre 2 700 MW; la capacité installée finale devra être confirmée par des études techniques et environnementales détaillées. 

Le projet serait détenu et exploité par une nouvelle coentreprise détenue à 60 % par NLH et à 40 % par Hydro-Québec. La filiale d’Hydro-Québec, la Société d’énergie de la Baie James (SEBJ), agirait comme gestionnaire de projet et dirigerait le développement et la construction de la centrale ainsi que des lignes de transport de 735 kV connexes. Hydro-Québec verserait également à NLH 3,5 milliards de dollars, en valeur actualisée nette, sous forme de paiements incitatifs et de paiements de développement, ce qui financerait la contribution en capitaux propres de NLH au projet. 

Terre-Neuve-et-Labrador détiendrait la majorité de l’actif, tandis que le Québec apporterait sa solidité financière et son savoir-faire dans l’exécution de mégaprojets. Il s’agit d’une réponse concrète à une question qui se pose dans l’ensemble du secteur : comment financer et construire des projets hydroélectriques de cette envergure? 

Churchill Falls 

La centrale existante de Churchill Falls continuera de fournir de l’électricité au Québec en vertu de nouveaux contrats d’achat d’électricité à long terme qui s’appliqueront jusqu’en 2077. Ces contrats remplaceront le contrat d’électricité de 1969 et le Contrat de disponibilité garantie en hiver de 1998 une fois les accords définitifs conclus. 

L’accord prévoit également la modernisation des 11 groupes turbine-alternateur de Churchill Falls, ce qui devrait augmenter la capacité installée d’environ 23,5 %, soit environ 1 275 MW, pour porter la capacité nominale totale à environ 6 703 MW. 

Transport d’électricité 

Le nouvel approvisionnement en électricité n’a de valeur que s’il peut être acheminé aux clientes et aux clients. C’est pourquoi le transport d’électricité constitue un élément central de l’annonce, et non un simple ajout. 

Les nouveaux actifs de transport d’électricité au Labrador seront détenus et financés par l’intermédiaire d’une filiale de NLH, tandis que la SEBJ dirigera leur développement. Les actifs de transport correspondants au Québec seront détenus par Hydro-Québec. Le gouvernement fédéral s’engage également à verser 1 milliard de dollars pour une ligne de transport dans l’ouest du Labrador destinée à soutenir de nouveaux projets miniers et industriels dans la fosse du Labrador. 

Terre-Neuve-et-Labrador a obtenu un portefeuille d’accès aux marchés extérieurs totalisant 985 MW. En pratique, cet accès repose sur plusieurs mécanismes : des volumes que NLH peut vendre à Hydro-Québec à des prix établis en fonction des marchés de la Nouvelle-Angleterre, de l’État de New York et de l’Ontario; des volumes liés aux contrats Champlain Hudson Power Express et New England Clean Energy Connect; et la réservation de transport point à point de 265 MW conservée par NLH entre le Labrador et l’État de New York par l’intermédiaire du réseau québécois à accès ouvert. 

Études de projets supplémentaires 

L’accord engage également les parties à réaliser des études de faisabilité pour deux autres projets : un projet éolien de 2 000 MW à Terre-Neuve-et-Labrador, pour lequel le gouvernement fédéral a indiqué qu’il pourrait prendre une participation pouvant atteindre 40 % et offrir des possibilités de co-investissement avec les Innus du Labrador; et une éventuelle expansion de Churchill Falls grâce à une nouvelle centrale adjacente à l’installation existante. 

Ce sont des études à ce stade, non des engagements à construire. 

Que signifie le chiffre de 14 000 MW? 

Le chiffre de 14 000 MW correspond au potentiel d’électricité propre et renouvelable associé à l’ensemble des projets annoncés par le gouvernement fédéral, y compris la capacité existante de Churchill Falls. Ensemble, la capacité actuelle de Churchill Falls et les projets existants et proposés équivalent à près du triple de la capacité de production actuelle de Churchill Falls. 

L’hydroélectricité constitue la composante la plus importante, soit le projet de Gull Island et la modernisation de Churchill Falls. L’ensemble comprend également le projet éolien proposé et les infrastructures de transport connexes. 

Hydro-Québec a pour sa part décrit l’accord comme donnant accès à plus de 10 000 MW d’électricité potentielle en provenance du Labrador, soit un approvisionnement ferme ainsi que des volumes associés à des projets encore à l’étude. 

Pourquoi l’hydroélectricité est au cœur de cette histoire 

L’hydroélectricité est déjà la principale source d’électricité du Canada, puisqu’elle fournit plus de la moitié de l’approvisionnement du pays. Elle offre une production fiable à grande échelle et peut fournir une souplesse qui complète d’autres ressources renouvelables. 

À mesure que la demande d’électricité augmente, le Canada devra accroître toutes les sources d’électricité propre à sa disposition. Il devra donc construire de nouvelles installations de production, moderniser les actifs existants et investir dans les infrastructures de transport nécessaires pour acheminer cette électricité là où elle est requise. 

Churchill Falls et Gull Island montrent ce que l’hydroélectricité peut apporter à cette échelle. Ils soulignent aussi l’importance de la planification à long terme, du développement responsable, des partenariats avec les Autochtones, de la certitude réglementaire et des infrastructures de transport pour transformer le potentiel d’énergie propre du Canada en projets réalisables. 

Ce que cela signifie pour chaque partie 

Pour Terre-Neuve-et-Labrador, l’accord crée la possibilité de conserver davantage d’électricité pour utilisation dans la province tout en ouvrant l’accès aux marchés extérieurs. La province pourrait conserver jusqu’à 2 350 MW provenant de Churchill Falls et de Gull Island, puis jusqu’à 2 750 MW si le projet éolien va de l’avant, avec la souplesse nécessaire pour utiliser cette électricité afin de soutenir le développement industriel provincial ou pour la vendre. Ces volumes entreront en service progressivement, à mesure que les projets de développement seront mis en exploitation, plutôt que d’être disponibles tous en même temps. 

Pour le Québec, l’accord vise principalement la sécurité de l’approvisionnement à long terme. Hydro-Québec a indiqué qu’il contribuera à répondre aux besoins en électricité du Québec pour les 50 prochaines années, en donnant accès à plus de 10 000 MW d’électricité potentielle en provenance du Labrador à un coût concurrentiel. L’accord garantit l’approvisionnement provenant de Churchill Falls jusqu’en 2077 et prévoit un accès supplémentaire à l’électricité de Gull Island et d’autres projets potentiels. 

Pour le Canada, l’accord démontre la valeur de la coopération interprovinciale. La demande d’électricité augmente partout au pays, tandis que les ressources nécessaires pour y répondre sont réparties de façon inégale, ce qui rend la coopération et le transport d’électricité de plus en plus importants. L’accord montre également que les grands projets énergétiques génèrent des retombées bien au-delà des collectivités où l’électricité est produite, qu’il s’agisse d’emplois dans la construction, d’approvisionnement, d’investissements industriels ou d’un approvisionnement énergétique plus solide. 

Les projets devraient soutenir environ 23 000 emplois et contribuer quelque 31 milliards de dollars au PIB du Canada d’ici le début des années 2040. 

Participation autochtone 

Une participation autochtone significative contribuera à établir les fondements du succès à long terme de cet accord, et l’accord lui-même en tient compte. La réalisation des projets de développement est expressément assujettie à la consultation et à la mobilisation des communautés autochtones, conformément aux lois applicables et aux obligations existantes, y compris l’Accord New Dawn conclu entre Terre-Neuve-et-Labrador, HTL et la Nation innu. La cession de l’Accord sur les répercussions et les avantages pour les Innus du projet du Bas-Churchill à l’entité du projet de Gull Island est une condition qui devra être remplie avant la signature des accords définitifs. 

Les principes d’approvisionnement et de retombées prévus dans l’accord reprennent les engagements de l’AIA au moyen d’un protocole d’embauche qui accorde la priorité aux engagements envers la Nation innu, puis aux résidentes et résidents qualifiés du Labrador, et ensuite à ceux de Terre-Neuve-et-Labrador. Hydro-Québec a confirmé un minimum de 4 millions d’heures de main-d’œuvre en ingénierie et en gestion de projet dans la province, ainsi que des heures de main-d’œuvre de construction et d’assemblage à Terre-Neuve-et-Labrador correspondant au plus élevé de 85 % du total des heures de main-d’œuvre ou de 20 millions d’heures. 

Les questions de consultation et de consentement demeurent d’actualité des deux côtés de la frontière entre le Labrador et le Québec, et d’autres démarches de mobilisation sont à venir. Terre-Neuve-et-Labrador a commencé à discuter avec la Nation innu d’une éventuelle participation à titre de partenaires à part entière. Hydro-Québec a indiqué qu’elle poursuivra le dialogue avec les communautés autochtones et locales au Québec et au Labrador. 

FAQ 

  1. L’accord est-il définitif? Pas encore. L’ADCME énonce les principales conditions convenues par les parties et les engage à négocier des accords définitifs détaillés, qu’elles visent à conclure d’ici le 31 décembre 2026. La majeure partie de l’ADCME est expressément non contraignante, et le contrat de 1969 ainsi que les accords connexes demeurent en vigueur jusqu’à la conclusion des nouveaux contrats d’achat d’électricité. 
  2. Les 14 000 MW sont-ils tous de l’hydroélectricité? Non. Le chiffre renvoie à l’ensemble des projets d’énergie propre, qui comprend l’hydroélectricité et l’énergie éolienne. Churchill Falls et Gull Island représentent la plus grande part du potentiel hydroélectrique, mais ne constituent pas à eux seuls la totalité des 14 000 MW. 
  3. Les 14 000 MW signifient-ils que toute cette électricité arrive à la fois? Non. Il s’agit de grands projets d’infrastructure qui prendront des années à développer et à construire, et les volumes seront attribués progressivement au fil des décennies. Certains éléments constituent des engagements fermes; d’autres restent assujettis à des études, au développement et aux approbations nécessaires. 
  4. Gull Island sera-t-elle définitivement construite? L’accord fait avancer considérablement le projet de Gull Island, mais d’importants travaux restent à réaliser : l’ingénierie, le financement, les processus réglementaires et environnementaux, la mobilisation et la participation autochtones, ainsi que le développement et la construction des infrastructures de transport. L’accord est également explicite à ce sujet. Hydro-Québec détient une exclusivité de développement pour une période initiale de sept ans, qui peut être prolongée jusqu’à douze ans, et l’accord énonce des circonstances précises dans lesquelles l’une ou l’autre des parties pourrait décider de ne pas aller de l’avant, notamment les conditions macroéconomiques, l’escalade des coûts et les perspectives de la demande. Si Hydro-Québec ne va pas de l’avant, sa participation dans l’entité du projet revient à NLH. Plusieurs conditions doivent également être remplies avant la signature des accords définitifs, notamment la confirmation des permis existants, la cession de l’AIA et un soutien fédéral sous une forme jugée satisfaisante par les deux services publics d’électricité. 
  5. Toute l’électricité va-t-elle au Québec? Non. Terre-Neuve-et-Labrador conserve de l’électricité pour ses propres besoins et dispose de mécanismes pour vendre de l’électricité sur les marchés extérieurs. La répartition précise varie selon le projet et la source d’approvisionnement. 
  6. Cela signifie-t-il que les coûts d’électricité augmenteront? L’accord comporte d’importants investissements à long terme dans de nouvelles capacités de production et de transport d’électricité, et la rentabilité de ces investissements dépendra des coûts des projets, du financement, des échéanciers de construction et de la demande future d’électricité. Hydro-Québec a indiqué que l’accord donnerait accès à l’électricité du Labrador à un coût concurrentiel par rapport aux autres options. Plus largement, répondre à la demande croissante d’électricité au Canada nécessitera une combinaison de nouvelles capacités de production, de modernisation des actifs existants, de transport d’électricité et d’efficacité énergétique. Le défi consistera à bâtir ce système de façon à maintenir une électricité fiable et abordable tout en soutenant la croissance économique. 
  7. Pourquoi le transport d’électricité est-il si important? Parce que la production sans transport d’électricité ne peut donner toute sa valeur. Les nouvelles infrastructures de transport relient le nouvel approvisionnement aux clientes et aux clients, rendent les exportations possibles et soutiennent le développement industriel. Le projet de ligne de transport dans l’ouest du Labrador en est un exemple clair, puisqu’il vise à ouvrir de nouvelles possibilités minières et industrielles dans la fosse du Labrador. 
  8. L’hydroélectricité peut-elle répondre à toute la demande d’électricité future du Canada? Non. Le Canada aura besoin d’un réseau diversifié. L’hydroélectricité, l’énergie éolienne, l’énergie solaire, l’énergie nucléaire, le stockage et l’efficacité énergétique ont tous un rôle à jouer. Le défi plus large consiste à s’assurer que le Canada construit suffisamment d’énergie propre, ainsi que suffisamment d’infrastructures de transport et de distribution, pour l’acheminer. 

Prochaines étapes 

L’accord constitue une étape importante. Le véritable travail commence maintenant : sa mise en œuvre. 

Cela signifie négocier et conclure les accords définitifs d’ici la fin de 2026, faire progresser la planification et l’ingénierie des projets, obtenir le financement, mener à terme les processus réglementaires et d’autorisation, développer les infrastructures de transport, et poursuivre la mobilisation et la participation autochtones. Le gouvernement fédéral s’est engagé à recourir à son Bureau des grands projets afin de coordonner et d’accélérer les exigences fédérales en matière de financement, de réglementation et d’autorisation. 

Les échéanciers des projets et les calendriers politiques dans les deux provinces influenceront le rythme des travaux. L’objectif est simple : transformer cette possibilité en infrastructures qui peuvent être construites, raccordées et mises en service. 

Un moment historique 

L’accord sur Churchill Falls et Gull Island représente une occasion importante pour l’avenir énergétique du Canada. Il illustre la valeur des partenariats à long terme entre les provinces et les services publics d’électricité pour faire progresser de grands projets d’infrastructure énergétique et créer des retombées durables. 

L’accord peut contribuer à accroître l’approvisionnement en électricité propre, à renforcer la sécurité énergétique, à soutenir les entreprises et les industries qui ont besoin d’une électricité fiable pour croître, et à dégager une plus grande valeur économique des ressources d’énergie propre du Canada. 

Le Canada possède l’une des plus grandes ressources hydroélectriques au monde. Il faut maintenant mettre cet avantage à profit, de façon responsable et collaborative, à l’échelle dont le Canada a besoin. 

L’accord marque un moment historique. Désormais, il faut passer à la construction. 

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