L’avenir énergétique du Canada est coincé derrière un barrage de formalités

Cet article a été publié initialement en anglais dans le Financial Post.

Le mythe tenace dans le débat énergétique canadien veut que nous ayons déjà aménagé les meilleurs sites hydroélectriques, et qu’il ne reste plus que des sites marginaux, impraticables ou impossibles à développer pour des raisons environnementales. Cette idée est à la fois facile et fausse. 

Le Canada dispose toujours de 150 000 mégawatts ou plus de potentiel hydroélectrique inexploité—soit presque le double de la capacité actuelle et l’équivalent de la production de presque 500 petits réacteurs nucléaires. Environ 10 000 mégawatts proviennent de projets déjà identifiés, viables, bien définis et, dans plusieurs cas, engagés depuis des années dans la planification. S’ils n’avancent pas, c’est en grande partie en raison de décisions qui relèvent de nous : politiques publiques, délais réglementaires et conditions de financement. 

L’hydroélectricité fournit déjà plus de la moitié de l’électricité canadienne et plus de 86 % de sa production renouvelable. Elle constitue l’ossature du système. Sans elle, il n’existe aucun scénario crédible permettant d’électrifier l’économie à grande échelle. 

La demande d’électricité pourrait augmenter jusqu’à 80 % d’ici 2050, mais nous nous privons de l’une des seules sources capables de répondre à cette demande de manière fiable. Le débat public met souvent l’accent sur l’éolien et le solaire. Ces technologies sont essentielles, et le stockage par batteries peut gérer les fluctuations à court terme. Mais une production soutenue, disponible sur demande, demeure indispensable. L’hydroélectricité stabilise le réseau, assure la fiabilité en période de pointe et comble les déficits d’approvisionnement. 

Alors, pourquoi ne construisonsnous pas davantage? 

Le premier obstacle est réglementaire. Les projets hydroélectriques doivent franchir des processus fédéraux et provinciaux complexes, des exigences qui se chevauchent et des consultations dont la portée et la durée sont souvent imprévisibles. Les échéanciers peuvent dépasser une décennie. Les coûts augmentent. Les investisseurs hésitent ou se retirent. 

Une grande partie du potentiel à court terme se trouve pourtant dans la modernisation et l’expansion d’installations existantes—des projets souvent plus rentables et moins perturbateurs sur le plan environnemental. Malgré cela, ils sont soumis aux mêmes lourdeurs que les nouveaux aménagements, ce qui freine l’une des voies les plus pragmatiques pour accroître la capacité. 

La protection de l’environnement et la participation des peuples autochtones sont essentielles et non négociables. Mais la duplication des examens et l’absence d’échéanciers clairs ajoutent des coûts et des risques sans bénéfices proportionnels. Le Canada s’est doté de processus qui facilitent l’annonce de cibles climatiques, mais compliquent la construction des infrastructures nécessaires pour les atteindre. Rationaliser ces processus—sans en affaiblir la rigueur—est une réforme légitime et nécessaire. 

Le deuxième obstacle est financier. Les projets hydroélectriques exigent des investissements initiaux considérables. Certains aménagements peuvent coûter des dizaines de milliards de dollars. Mais ils sont conçus pour durer : plusieurs fonctionnent pendant 80 à 100 ans. 

La question pertinente n’est donc pas seulement le coût initial, mais le coût comparatif sur l’ensemble du cycle de vie. La longévité de l’hydroélectricité en fait une source particulièrement avantageuse : elle fournit une électricité stable sur plusieurs générations et réduit la nécessité de réinvestir constamment dans des infrastructures à durée de vie plus courte. 

Au Canada, ces projets reposent généralement sur un ensemble d’investissements publics, de services publics réglementés et de partenariats structurés qui exigent des échéanciers prévisibles et des cadres financiers stables. L’hydroélectricité peut attirer des capitaux privés, mais seulement si les délais réglementaires sont clairs et si les mécanismes de récupération des coûts sont bien définis. Plusieurs programmes d’incitatifs sont conçus pour des projets à court terme et excluent les grands aménagements en raison de leurs horizons de développement. 

Le Canada n’a pas toujours hésité devant des projets de cette ampleur. Pendant des décennies, les grands aménagements hydroélectriques étaient considérés comme des projets de construction nationale, soutenus par une planification à long terme et des investissements publics. Aujourd’hui, l’ambition est étouffée par la bureaucratie. 

Les outils financiers fédéraux ne sont pas adaptés aux infrastructures de longue durée. C’est un choix politique, et il peut être corrigé. Des projets comme Gull Island, l’expansion de Churchill Falls ou les installations de stockage par pompage ne sont pas des idées théoriques. Ce sont des occasions réelles d’accroître la capacité et de renforcer le réseau. Ce qui manque, ce n’est pas la faisabilité—c’est un sentiment d’urgence. 

L’hydroélectricité offre au Canada un avantage structurel que beaucoup de pays envient : une énergie abondante, fiable, domestique et largement protégée des chocs mondiaux. Ne pas la développer serait un choix lourd de conséquences. 

Si les gouvernements veulent réellement assurer l’électrification, l’abordabilité et la sécurité énergétique, l’hydroélectricité doit être traitée comme une infrastructure stratégique. Cela signifie simplifier les processus d’approbation, établir des échéanciers clairs, concevoir des outils financiers adaptés à la durée de vie des actifs et prendre des décisions franches sur le partage des coûts. 

Le Canada ne manque pas d’hydroélectricité. 

Il manque d’excuses pour ne pas la construire. 

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