L’hydroélectricité est là pour rester

Par Gilbert Bennett, ing., conseiller principal, Hydroélectricité Canada 

L’une des principales leçons apprises au cours des deux derniers siècles est que l’accès à une énergie abondante et abordable constitue le plus important vecteur de prospérité. Depuis plus de 100 ans, l’hydroélectricité est la pierre d’assise du réseau électrique canadien. Elle continue de l’être aujourd’hui, alors qu’elle fournit environ 60 % de notre électricité tout en étant l’une des énergies les moins coûteuses et les plus fiables au monde. Alimenté par ses grands réservoirs de stockage, le parc hydroélectrique canadien fournit une énergie fiable à des provinces telles que la Colombie-Britannique, le Manitoba, le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, le tout à un coût bien inférieur à celui de la production nucléaire, gazière, éolienne ou solaire. 

La durabilité de ce système est loin d’être théorique. Plusieurs des plus grandes centrales hydroélectriques du Canada fonctionnent depuis 60 à 100 ans. Elles produisent une énergie extrêmement accessible et constante, ainsi qu’un niveau de fiabilité inégalé par la plupart des autres modes de production. Les statistiques sur les pannes confirment cette réalité : les provinces dotées de grands réseaux hydroélectriques affichent régulièrement les taux de pannes les moins élevés en Amérique du Nord. Cette fiabilité joue un rôle essentiel aux yeux de la clientèle desservie qui apprécie chaque jour que ses espaces de vie soient bien éclairés et bien chauffés. 

Un réseau conçu pour affronter la variabilité et les fluctuations 

Nous ne pouvons pas nous permettre de gaspiller cette ressource énergétique peu coûteuse. Tout comme nous devons garder à l’esprit que nos installations hydroélectriques ont été conçues dès le départ pour fonctionner dans des conditions très variables. Cela fait des décennies que nous savons que les précipitations varient d’une année à l’autre et nous sommes bien au fait de cette réalité. Les réseaux hydroélectriques canadiens ont été construits en fonction de cette variabilité et leurs gestionnaires sont proactifs pour s’adapter aux conditions climatiques changeantes, ceci grâce à l’amélioration des prévisions, à la coordination de la planification des bassins versants et à des processus de modernisation continue. 

Un aspect clé, souvent négligé dans le débat public, réside dans le fait que l’hydroélectricité est gérée en fonction de cycles pluriannuels et non saisonniers. Les réservoirs sont exploités en s’assurant que les niveaux d’eau sont ajustés au gré des périodes d’excédent et de pénurie, de façon à répondre aux besoins des clients domestiques. Cet équilibre pluriannuel explique pourquoi les provinces fortement dépendantes de l’hydroélectricité sont en mesure de maintenir une grande fiabilité, malgré les sécheresses et les inondations. Les performances obtenues ne sont pas le fruit du hasard, mais résultent avant tout de plusieurs décennies d’ingénierie et de planification opérationnelle bien réfléchies. 

Ces principes fondamentaux sont parfois mal compris à l’extérieur du Canada. Lors des années pluvieuses, les services publics canadiens exportent leur surplus d’énergie hydroélectrique vers les marchés américains voisins alors que pendant les années où il y a moins de précipitations, nos ressources hydroélectriques sont utilisées chez nous pour desservir la population canadienne. Loin de refléter un manque de fiabilité, notre système a été spécifiquement conçu pour fonctionner de cette façon. 

Des liaisons de transport nord-sud ont été construites expressément pour gérer ces fluctuations, permettant aux services publics d’exporter lorsque les réservoirs sont pleins et d’importer lorsque les conditions économiques ou opérationnelles le justifient. Aucun service public canadien n’a structuré son réseau pour répondre en permanence aux besoins d’une autre juridiction. L’hydroélectricité demeure ainsi une ressource pleinement fiable pour les personnes et les entreprises qu’elle est censée desservir. 

Répondre à la demande en modernisant les installations 

Tourné vers l’avenir, le vaste écosystème hydroélectrique canadien est déjà en train de s’adapter pour répondre à la demande croissante en électricité, à mesure que l’économie s’électrifie et se décarbonise. Partout au pays, les services publics sont en voie d’augmenter leur capacité de façon importante grâce à des mises à niveau et à des efforts de rénovation. On procède ainsi  au remplacement de turbines et de générateurs par des équipements à haut rendement qui permettent aux centrales existantes de produire plus d’électricité pendant les périodes de pointe, sans modifier les barrages ou les réservoirs. Ces mises à niveau peuvent ajouter des centaines de mégawatts sur chaque site et constituent l’un des moyens les plus rapides et les plus rentables d’augmenter l’offre. 

Plusieurs centrales installent également des groupes turbines-alternateurs supplémentaires. Bien qu’ils nécessitent de plus grands investissements, ces ajouts peuvent permettre d’augmenter la capacité de 1 000 mégawatts ou plus dans le cas des plus grandes centrales du Canada. Combinés à la flexibilité opérationnelle inégalée de l’hydroélectricité, qui permet d’augmenter ou de réduire la production en quelques minutes, ces investissements renforcent le rôle essentiel de l’hydroélectricité en soutien à un réseau alimenté de plus en plus par l’éolien et le solaire. Les opérateurs effectuent ce rôle d’équilibrage chaque jour, en s’assurant d’avoir des milliers de mégawatts en réserve pour compenser la variabilité de cette production. Ils parviennent ainsi à maintenir la stabilité du système alors que les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents. 

Le prochain chapitre de l’hydroélectricité 

Le secteur de l’hydroélectricité n’est jamais resté statique. Il s’est transformé au rythme de notre pays et continue d’évoluer aujourd’hui. La modernisation, le stockage à réserve pompée, les gains d’efficience et les projets hydroélectriques menés par les Autochtones représentent d’excellentes options à court terme pour ajouter de la capacité fiable, ceci sans les longs délais de mise en œuvre des nouvelles centrales nucléaires ni la volatilité commerciale des produits pétroliers. Ces approches permettent également au Canada d’accroître la capacité de son réseau d’électricité propre sans augmenter considérablement son empreinte physique. Cette considération devient de plus en plus importante à mesure que les attentes en matière de gestion environnementale évoluent. 

Un actif stratégique pour les générations passées et futures 

Les ressources du système hydroélectrique canadien sont loin d’être épuisées. Celui-ci n’a pas d’enjeux de fiabilité. Il a soutenu un siècle de prospérité et continuera de le faire pour les générations à venir, grâce à des investissements judicieux et à des efforts de modernisation. Dans un monde où la demande en énergie propre et fiable ne cesse d’augmenter, le Canada doit tirer le meilleur parti de son atout le plus stratégique. 

Popup content